Mercredi 21 novembre 2007

Je veux être le Président de l'augmentation du pouvoir d'achat", affirmait haut et fort Nicolas Sarkozy le 14 janvier dernier, lors du lancement de sa campagne présidentielle. Le
fait qu'il ait, mieux que d’autres, perçu l'ampleur de l'insatisfaction des Français sur ce sujet, et en particulier celle des couches populaires, explique pour une bonne part le large succès
qu'il a rencontré en mai dernier.
Mais en cette fin d'année, cette question devient également, pour les mêmes raisons, une des principales causes du désenchantement qui commence à poindre: dans ce
domaine, le volontarisme présidentiel apparaît de plus en plus comme de l’agitation sans prise sur le réel. Non seulement, on ne voit rien venir en matière de pouvoir d’achat -ce
qui après seulement six mois de présidence n’est pas en soi choquant- mais c’est plutôt une nouvelle, et nette, dégradation qui se profile désormais.
Une spécificité française explique en particulier la très grande sensibilité du thème du pouvoir d'achat parmi les salariés: l’existence d’une "trappe à bas salaires".
Afin de favoriser la création d’emplois peu qualifiés en plus grand nombre pour lutter contre le chômage de longue durée des personnes sans qualification, les gouvernements qui se sont succédé
depuis vingt ans ont multiplié les exonérations de charges sociales à proximité du smic. Cette politique a eu un grand succès: on a créé en France beaucoup d'emplois mal payés ces dernières
années.
Mais elle a eu de nombreux effets pervers. Sur les 27 pays de l’Union européenne, 21 ont un smic, ainsi d'ailleurs que les Etats-Unis. Et contrairement à
une idée reçue, le smic français n’est pas le plus élevé: il est inférieur à ses équivalents belge, néerlandais, irlandais ou encore britannique.
La France lanterne rouge
Mais, parmi tous ces pays, la France présente un profil très particulier: avec 15 % de smicards, elle est de très loin le pays où ce pourcentage est le plus
important. Au Royaume uni, par exemple, seuls 2% des salariés touchent le smic et les proportions sont analogues dans la plupart des autres pays riches. Le seul pays qui se rapproche de
la France sur ce plan, c’est... la Bulgarie. La France est aussi, pour cette raison, le pays d’Europe où la distribution des salaires est la plus concentrée vers le bas de l’échelle. D'où
évidemment l’extrême sensibilité de la question du pouvoir d’achat chez les salariés.
Les hausses massives des produits pétroliers et des prix alimentaires intervenues au cours des dernières semaines ont entraîné une accélération sensible de la hausse des
prix, passée de 1,5% par an en septembre à 2% en octobre dernier. Un niveau qui reste encore très bas, mais il y a de bonnes raisons de craindre que ce ne soit qu’un début. De plus, les
couches populaires sont nettement plus touchées que les riches par ces hausses: l’alimentation pèse en effet 17% du budget d’un ouvrier, contre 12% chez un cadre tandis que les transports
représentent 19% de celui d’un habitant d’une commune rurale contre 12% pour un parisien.
Extrait de l'article réalisé par Guillaume Duval, Redacteur en chef d'Alternatives Economiques et publié sur le
site Rue89