Un an après la distribution des premières tentes par Médecins du monde, leur pérennisation souligne combien la politique de l’État ne fait qu’accroître la précarité.
L’hiver dernier, l’association Médecins du monde (MDM) a inauguré la distribution de tentes à Paris. Incontestablement généreuse, l’initiative devait au départ gérer l’urgence et se voulait une interpellation des pouvoirs publics. Un an après, le problème persiste. Pire, la situation s’aggrave suite à certaines décisions de l’État. La restriction des allocations chômage a provoqué l’explosion du nombre de rmistes, tandis que les expulsions locatives ne font que progresser (+ 40 % sur les six premiers mois de 2006 par rapport à la même période en 2005) et que les lois Sarkozy ont augmenté le nombre de déboutés du droit d’asile, qui errent dans les structures d’hébergement.
L’installation des tentes a permis un coup de projecteur sur le fléau de l’exclusion. Comme l’explique Graziella Robert, responsable de la mission SDF de Médecins du monde, « les tentes ont donné une visibilité plus importante à un drame qui est sous nos yeux tous les jours. Notre action visait aussi à éviter que les personnes qui refusent d’aller dans les centres d’urgence ne restent dans le froid. » Mais les tentes ne peuvent être qu’une transition vers une solution plus décente. Même si la mairie de Paris et MDM ne sont pas toujours d’accord, leurs objectifs sont communs : faire en sorte que ceux qui vivent dans la rue retrouvent un hébergement durable grâce à un parcours de réinsertion.
Particulièrement mobilisée sur la question, la mairie de Paris a augmenté de 60 % depuis 2001 le budget consacré à la solidarité : centres d’hébergement d’urgence, permanences sociales d’accueil, équipes de maraude… Une palette de solutions qui n’est cependant pas suffisante alors que Paris concentre 62 % des places d’hébergement d’Ile-de-France. « Les efforts déployés par certaines collectivités ne peuvent pas suffire face aux carences de l’État et à l’égoïsme de leurs voisines. Il est temps que l’on applique la loi sur la diversité de l’habitat de juillet 1994 pour sortir de la notion de ghetto. D’autant qu’en Ile-de- France, 188 communes s’affranchissent également de la loi SRU (solidarité et renouvellement urbains) », regrette Gisèle Stievenard, adjointe au maire de Paris en charge de la solidarité et des affaires sociales.
Face à la médiatisation de la situation parisienne, Catherine Vautrin, ministre déléguée à la Cohésion sociale, a chargé Agnès de Fleurieu, présidente de l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale, d’une médiation pour trouver une solution aux problèmes posés par les tentes. « Si son rapport, remis le 10 août dernier, semble aller dans le bon sens », Graziella Robert déplore qu’il soit « largement insuffisant au regard des besoins qui existent sur le terrain. » Mêmes attentes du côté de la mairie : « on a réussi à obtenir que certains centres restent ouverts 24 heures sur 24, avec un fonctionnement plus souple, mais la demande de Bertrand Delanoë pour qu’une conférence régionale sur l’hébergement et le logement des plus démunis soit réunie reste lettre morte. » En dépit des déclarations, l’État semble donc camper sur ses positions, tandis que de nouvelles tentes risquent d’apparaître cet hiver à Paris, mais aussi en province.
ps.woippy@numericable.fr