La question semble sortir du XIXème siècle ; pourtant elle est posée aujourd’hui et la réponse dépend de la victoire ou de la défaite de la gauche aux élections européennes le 7 juin
prochain.
Aujourd’hui, la réglementation française et européenne en vigueur sur le temps de travail interdit de travailler plus de 48 heures par semaine. Depuis 2005, la Commission européenne pousse à
l’adoption d’une nouvelle directive qui permettrait aux Etats membres d’autoriser tout employeur à signer individuellement avec chaque salarié une clause par laquelle ils acceptent de travailler
plus de 48 heures par semaine ; c’est la solution dite de « l’opting out ». Le compromis négocié par les ministres du travail des 27 pays membres de l’Union européenne le 10 juin 2008 prévoit même
que la durée maximale hebdomadaire pourra atteindre 60 ou 65 heures pour les employés qui l’acceptent à titre individuel. Le fait qu’il y ait aujourd’hui 20 gouvernements sur 27 qui soient dominés
par la droite y est bien entendu pour beaucoup.
Or le Parlement européen, parce que la gauche, bien que minoritaire, y est relativement forte avec 40 % des sièges (depuis les élections européennes de 2004), a bloqué ce texte par un vote le 17
décembre 2008, en cela soutenu par la confédération européenne des syndicats. Il donne la preuve, à travers cette bataille, qu’il peut jouer un vrai rôle de contre-pouvoir politique face au Conseil
des ministres.
Ce seul exemple devrait donner envie aux hésitants d’aller voter. Veut-on une société, en France et en Europe, où on peut travailler jusqu’à 65 heures par semaine ? où par l’individualisation des
règles sociales on peut imposer n’importe quoi aux travailleurs qui sont dans un rapport de forces inégal avec leur patron ?
Si la directive est adoptée par l’Union européenne, elle s’imposera à tous les Etats et les députés français seront obligés de la transposer. Le fonctionnement de l’Union européenne est en effet
tel que ce qui est décidé à Bruxelles ne se re-décide pas ensuite en France, à l’Assemblée nationale et au Sénat. Mais ce fonctionnement est aussi construit de telle façon qu’on peut y envoyer des
représentants socialistes qui défendent les mêmes valeurs de gauche qu’au plan national.
Vu le calendrier des élections nationales à venir dans chaque pays, il faudra des années avant de pouvoir revenir à une majorité de gouvernements de gauche et faire basculer ainsi le Conseil des
ministres de l’Europe. Au contraire, les élections du Parlement européen du 7 juin sont l’occasion, en un seul jour, de porter au pouvoir une majorité de gauche. Parce que de nombreuses batailles
politiques se décident aujourd’hui en Europe, nous pouvons donner le 7 juin aux socialistes le pouvoir de les gagner.